Le blog de Marco

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Vous avez probablement déjà entendu parler de cette technique de traitement d'image qui a permis de mettre en évidence des mouvements rythmiques vasculaires au sein du SNC, dans le cas contraire la vidéo se trouve à la fin de ce post.

L'étude intitulée "
Revealing sub-voxel motions of brain tissue using phase-base amplified MRI (aMRI)" est particulièrement difficile à lire dans la mesure où ça cause d'algorithmes de traitement des signaux obtenus lors de l'acquisition d'IRM (c'est bien trop compliqué pour moi en tout cas...)

Mais il est possible d'en comprendre l'idée générale.
Les auteurs ont utilisé les résultats d'une autre étude destinée à mettre en évidence, sur des vidéos, des mouvements trop petits pour êtres analysés correctement par les algorithmes classiques de traitement d'image. Dans l'article en question ils prennent comme exemple les mouvements d'oscillation de l'extrémité d'une grue (clin d'oeil aux craniophiles, grue se dit "crane" en anglais). Bref, en traitant les images d'IRM cérébral suivant cette nouvelle méthode appelée "amplified MRI" (aMRI), les chercheurs ont réussi à mettre en évidence des déformations et mouvements rythmiques du SNC qui passaient inaperçus avec les autres méthodes d'acquisition d'image renvoyant un cerveau "figé". Ils se sont dit qu'ils allaient probablement pouvoir utiliser la technique citée plus haut pour détecter des anomalies du type malformation d'Arnold Chiari ou certaines hydrocéphalies. Ils ont d'ailleurs montré que ces micro-mouvements de l'encéphale sont altérés dans les cas de malformation de Chiari de type 1.

Jusque là tout va bien.


Et c'est là que les ostéopathes arrivent... :

- "Oui, et bien ça fait longtemps qu'on le sait"
- "c'est ce qu'on sent depuis des décennies et on nous prenait pourtant pour des illuminés", etc.

J'entends bien, sauf que :

1. Ces mouvements et déformations suivent le rythme cardiaque (env. 60 cycles/min au repos)
2. Ils sont, au mieux, de l'ordre du 10e de millimètre (de 0,01 à 0,1 mm)
3. Ils concernent l'encéphale et non le crâne
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Jettons un oeil à l'étude
ci-jointe (juste à gauche du texte) où ils ont évalué les propriétés mécaniques (c'est-à-dire de combien ça se déforme si on appuie dessus) du tissu cérébral, chez le porc.
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L'expérience consiste à ouvrir une fenêtre dans la peau, le crâne et la dure-mère d'un porc pour en exposer le lobe frontal. On place ensuite un dispositif composé d'une sonde de 10 mm de diamètre qui va être appliquée à la surface du tissu cérébral. Le dispositif va appuyer sur la sonde et mesurer en temps réel : l'effort fourni (en Newtons) et le déplacement de la sonde (en mm) à mesure qu'elle déforme le cerveau.



On s'aperçoit au détour de la Fig. 2. (ci-dessous), que les auteurs ont observé des variations qui suivent les rythmes vasculaire et respiratoire (je reviendrai là-dessus dans un prochain billet de blog)

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Le graphe de droite représente le diagramme Force/Déplacement de la sonde. On voit que pour provoquer un déplacement (donc une déformation) d'environ 1/10e de millimètre il suffit que la sonde exerce une force très légère, environ 0,01 N, ce qui correspond au poids exercé par une masse de 0,001 kg… soit environ… 1 gramme… oui 1 gramme !
Pour se faite une idée, une pièce de 1 centime pèse environ 2g.
Pour conclure, ces déformations rythmiques de l'encéphale, toutes fascinantes et intéressantes qu'elles soient, n'expliquent pas ce que certains continuent d'appeler "le MRP".

Bien que l'encéphale pousse un peu sur les parois internes du crâne à chaque cycle, le crâne osseux exerce une pression identique (de réaction) sur l'encéphale. A pression égale, et minime, le tissu nerveux, beaucoup plus souple, se déforme,. Cette même pression, exercée sur le crâne osseux, le déforme certainement aussi, mais de manière plus qu'infinitésimale, le crâne ayant des propriétés mécaniques très différentes du parenchyme cérébral. Pour utiliser une analogie : imaginez quelqu'un qui joue au tennis contre un mur, lorsque la balle tappe le mur, le mur se déforme, de manière négligeable, mais si on veut être précis, il se déforme quand même, par contre, sous l'effet de la même pression, la balle se déforme beaucoup plus. Même en ayant une palpation de super-héros, il ne vous serait pas possible de ressentir la déformation du mur en plaçant une main de l'autre côté du mur, tout simplement parce que l'effort exercé par la balle n'est pas suffisant pour déformer le mur de manière significative. Si vous voulez une autre analogie, car vous trouvez, à raison, que celle de la balle de tennis ne reflète pas la charge répartie sur tout le crâne que constitue l'augmentation de pression intracrânienne, imaginez un bloc opératoire dans lequel, pour éviter que les microbes et virus présents dans l'air ne rentrent, il règne une pression supérieure à la pression atmosphérique. Imaginez-vous dans la pièce adjacente qui elle, se trouve à la pression atmosphérique. Vous vous placez là, la main sur le mur et un opérateur qui se trouve dans la salle d'op arrête le dispositif de pression positive, ou l'enclenche. Seriez-vous capable de le ressentir ?
😉

Keep it pure, but keep it plausible